27 février 2019

Une odeur de peinture capiteuse et envoûtante. Des piles de tableaux dans tous les sens et tous les coins. Des couleurs – littéralement – du sol au plafond. Des pots de peinture à perte de vue. C’est ce dont regorge l’atelier du peintre argentin Milo Lockett, que nous avons eu le plaisir de rencontrer. Découvrez cet artiste au trait instinctif voire enfantin et à la palette aussi vive qu’étendue.

Au cœur du quartier de Palermo Hollywood, derrière une façade aux teintes tapageuses, se cache l’atelier haut en couleurs du peintre qui nous accueille dans une chaleureuse simplicité. Perchés sur des tabourets tachetés de projections de peinture aux milles couleurs, nous découvrons au fil des questions l’artiste qui narre son parcours avec humilité et naturel : né dans le Chaco, une province au nord de l’Argentine fortement marquée par la pauvreté, il commence à peindre en 2001 après la crise économique qui frappe le pays. Il décide alors de se lancer dans la création d’une plastique inédite de manière autodidacte, ce qui lui semble être « une formation à part entière » à travers laquelle il tâche de « se forger ses propres critères artistiques et distinguer ce qu’il aime de ce qu’il apprécie moins ». Il a ainsi bâti un style pictural très personnel et possède aujourd’hui son propre atelier dans la capitale argentine, où il nous confie avoir atterri quelque peu par hasard. En effet, ses projets artistiques se concentraient initialement « En el Campo », sa campagne natale, où il aspirait à apporter de l’art dans des endroits inaccessibles et peu exposés à la culture : « il me semble que c’est comme cela que j’apporte à la culture », ajoute-t-il. Milo Lockett appréhende ainsi l’art comme une chance à démocratiser et s’y attèle depuis maintenant une vingtaine d’années, notamment auprès de la jeunesse.

« Milo », comme le désignent les écriteaux qui indiquent l’emplacement de son atelier, entretient en effet un lien tout particulier avec l’univers enfantin. Il considère d’ailleurs les enfants comme son meilleur public. Toujours honnêtes et brutes de décoffrage, parfois cruels et violents, d’autres fois bienveillants et émerveillés, ils émettent un avis avec une honnêteté et une franchise semblable à celle de notre interlocuteur.

C’est d’ailleurs cette légèreté et cette authenticité qu’il confie apprécier chez les enfants, pour qui il met en place de nombreuses activités ludiques d’initiation à l’art. Ils sont sans filtre quand il s’agit d’endosser le rôle de critique, c’est pourquoi en émanent les plus belles éloges comme les jugements les plus sévères. S’il existe une collection de cahiers de coloriages et autres objets dérivés adaptés pour les enfants, Milo est avant tout présent pour les jeunes à travers ses actions sociales organisées pour eux. D’abord dans sa région natale puis dans celle de Buenos Aires, il dédie son temps depuis 15 ans à l’organisation et à la mise en œuvre d’activités visant à lutter contre la pauvreté et la précarité à travers la pratique de l’art.

«Ce qu’il y a de bien dans l’art c’est quand une personne peut démontrer à une autre qu’elle peut peindre, jouer de la guitare, faire du théâtre, faire un film… L’art doit être un lieu de générosité et dans beaucoup de cas il change ta manière de vivre et t’aide à te sentir mieux… Si tu te prêtes au jeu de l’art !»

Pourtant lorsqu’on lui demande s’il tend à exprimer un message au travers de son œuvre et s’il considère que l’artiste a un rôle spécifique à tenir, il affirme peindre pour lui-même et ne pas avoir de message spécifique à transmettre : une simple envie de peindre, en somme. « Je crois qu’on peut simplement être un artiste qui dessine, qui peint, qui danse et qui le fait justement parce qu’il n’a pas d’obligation. Parce que ça lui plaît. » Le plaisir avant tout donc, pour Milo celui de créer et pour nous celui d’admirer ses tableaux aux associations de couleurs éclatantes.

Son style peu commun, qu’on dirait tout droit sorti d’un livre pour enfants, s’avère tantôt figuratif – bien que représentant des scènes hors-du-commun comme son leitmotiv, deux éléphants se tenant par la trompe – tantôt beaucoup plus onirique – dépeignant des créatures chimériques et imaginaires. On retrouve également aux quatre coins de la galerie des portraits aux formes qui ne manquent pas d’évoquer des inspirations cubiques et aux couleurs toujours plus acidulées. Inspirées par les styles de Basquiat, Rothko ou encore Jorge de la Vega, ses œuvres parviennent toujours à nous surprendre tout en portant sa pâte si particulière.

Que ce soit sur une toile, à même les murs de l’atelier, sur les parois d’une bouche de métro ou encore sur celles d’un pont de Palermo, Milo Lockett ne cesse de nous étonner tant par ses associations saugrenues d’idées et d’éléments insolites que par la différence de ses traits. De la peinture à la mosaïque en passant par des patchworks de tissus multicolores, l’art semble n’avoir ni support ni barrière. Qu’est-ce donc que l’art pour ce peintre local ? À cela il répond en empruntant les mots de Picasso : « Je ne sais pas ce qu’est l’art, mais même si je le savais, je ne te le dirais pas non plus. »

 

Brune Soubeyrat – de Gantho

 

Diaporama

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